

Article rédigé en collaboration avec le Pr Carsuzaa (ORL au CHU Poitiers) et le Pr Favier (ORL au CHU Montpellier)
1. Introduction
Fatigue persistante, réveils nocturnes, journées difficiles à traverser… Si vous vivez avec une polypose naso-sinusienne (PNS), vous avez peut-être remarqué que vos nuits ne sont plus ce qu'elles étaient. Ce n'est pas un hasard : la qualité de sommeil et la PNS sont étroitement liés, et cette maladie inflammatoire chronique du nez et des sinus peut avoir un impact profond sur la qualité de votre repos (1-4).
Pourtant, en moyenne, les patients attendent 14 mois avant de consulter pour leurs premiers symptômes (2). Comprendre ce lien entre votre nez et vos nuits est une première étape essentielle pour ne plus subir cette fatigue et en parler à votre médecin.
2. Pourquoi mon nez m'empêche-t-il de bien dormir ?
La polypose naso-sinusienne est une maladie inflammatoire chronique des muqueuses du nez et des sinus. Elle résulte souvent d'une inflammation dite de type 2 : une réaction excessive du système immunitaire qui favorise le développement de polypes (petites excroissances) dans les deux cavités nasales (5-9). En France, elle touche environ 2,1 % de la population adulte, soit plus d'1 million de personnes (5-9).
Elle se manifeste par plusieurs symptômes caractéristiques :
- Une obstruction nasale
- Des troubles de l'odorat
- Un écoulement nasal
- Des douleurs faciales
Lorsque le nez est obstrué, le débit d'air nasal diminue et la respiration buccale prend le relais. Or, cette respiration par la bouche réduit l'efficacité de la ventilation et favorise l'affaissement des voies respiratoires supérieures pendant la nuit (5-9). Résultat : un sommeil plus fragile, plus agité, moins réparateur.
3. Des troubles du sommeil très fréquents chez les patients atteints de PNS
Si vous dormez mal, vous n'êtes pas seul(e) dans ce cas. Les troubles du sommeil sont extrêmement fréquents chez les patients PNS :
- 60 % à 75 % des patients souffrant de PNS ont un sommeil perturbé, contre seulement 8 % à 18 % dans la population générale (1-4).
- Pour 81 % des patients, la maladie entraîne une dégradation nette de la qualité de leurs nuits (1-4).
Ces chiffres montrent à quel point le lien entre PNS et sommeil est une réalité clinique, et non une simple impression.

4. Un cercle vicieux qui affecte toute votre qualité de vie
Le manque de sommeil lié à la PNS n'est pas un simple désagrément : il crée un véritable cercle vicieux qui touche plusieurs dimensions de votre vie (2,4) :
- Fatigue : c'est le mot le plus utilisé par les patients (34 %) pour décrire l'impact de la maladie sur leur quotidien.
- Impact psychologique : 62 % des patients rapportent une dégradation de l'humeur, et 58 % une baisse de moral ou du niveau de bien-être psychologique.
- Vie quotidienne : près de la moitié des patients (45 %) renoncent à une activité physique à cause de leur maladie.
5. PNS et apnée du sommeil : un lien fréquent et souvent sous-estimé
Qu'est-ce que le syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) ?
Le SAHOS est un trouble où la respiration s'interrompt (apnée) ou diminue fortement (hypopnée) de manière répétée durant le sommeil. Ces pauses respiratoires sont dues à des obstructions répétées des conduits respiratoires de l'arrière-gorge. Elles peuvent entraîner un micro-éveil dont le dormeur n'a pas conscience, mais qui détruit la structure du sommeil (1,9-12).
Pourquoi le SAHOS est-il plus fréquent en cas de PNS ?
Dans certains groupes de patients atteints de PNS, des apnées significatives sont observées chez jusqu'à 65 % d'entre eux lors d'enregistrements du sommeil (1,9-12). Ce n'est pas seulement l'obstacle physique qui pose problème : l'inflammation liée à la PNS libère des médiateurs inflammatoires (cytokines) qui agissent directement sur le cerveau, perturbant la qualité du sommeil (1,9-12).
Le saviez-vous ?
Une obstruction nasale chronique non traitée peut réduire votre tolérance aux traitements de l'apnée du sommeil, comme la ventilation nasale par Pression Positive Continue (PPC), qui est le traitement de référence. Si votre nez est bouché, l'appareil de PPC peut devenir inconfortable, ce qui peut vous pousser à abandonner le traitement (1,9-12).
Bien soigner votre PNS est donc une étape essentielle pour réussir à traiter vos apnées du sommeil.
6. Quels signes doivent vous alerter sur la qualité de votre sommeil ?
Au cours de la nuit :
- Ronflements gênant votre entourage
- Sommeil agité et perturbé
- Pauses ou arrêts respiratoires constatés par l'entourage
- Besoin d'uriner au cours de la nuit
Pendant la journée :
- Somnolence
- Fatigue importante, épuisement
- Difficultés à se concentrer
- Maux de tête, surtout le matin
Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, il est important d'en parler à votre médecin traitant ou à votre ORL (2,4).
7. Pourquoi un sommeil de mauvaise qualité affecte toute votre santé
Retrouver un sommeil de qualité est crucial pour votre santé globale, car un mauvais sommeil ou un manque de sommeil (1-4) :
- Augmente le risque de maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux, insuffisance cardiaque, risque d'infarctus), d'obésité et de diabète.
- Impacte la santé mentale en accentuant les risques de troubles de l'humeur, d'anxiété et de symptômes dépressifs.
- Joue sur la concentration au travail et dans la vie quotidienne.
Le sommeil est un véritable facteur d'équilibre psychologique et de récupération physique et mentale (1-4).
8. Comment préparer votre consultation ?
Pour aider votre médecin à mieux évaluer votre situation et adapter votre prise en charge, voici quelques conseils simples (4,5,13-15) :
- Notez l'évolution de vos symptômes sur les 15 derniers jours et leur impact sur votre quotidien.
- Tenez un « agenda du sommeil » pour suivre précisément vos réveils nocturnes et votre fatigue réelle en journée.
- Interrogez votre entourage sur d'éventuels ronflements ou pauses respiratoires observées pendant vos nuits.
- Pré-remplissez les questionnaires SNOT-22 ou Epworth (voir ci-dessous) pour mesurer objectivement l'impact de la maladie sur votre qualité de vie.

9. Les outils pour évaluer votre sommeil
Le SNOT-22 (Sino-Nasal Outcome Test)
C'est le questionnaire de référence pour la PNS. Il comporte 22 questions divisées en plusieurs domaines, dont un domaine spécifique consacré au dysfonctionnement du sommeil. Il évalue la difficulté à s'endormir, les réveils nocturnes, le manque d'une bonne nuit de sommeil, le réveil fatigué et la fatigue en journée. Un score élevé indique un fort retentissement de la maladie sur votre vie (4,5,13-15).
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Le score d'Epworth (ESS)
Ce test mesure spécifiquement la somnolence diurne. Il vous demande d'évaluer votre risque de vous assoupir dans 8 situations courantes (lecture, télévision, passager en voiture...). Un score supérieur à 10 est considéré comme anormal et traduit une somnolence excessive qui nécessite une exploration médicale (4,5,13-15).
Ces deux questionnaires sont disponibles auprès de votre médecin ou ORL, qui pourra vous accompagner dans leur interprétation.
10. Agir au quotidien pour de meilleures nuits
La PNS n'est pas seulement une « histoire de nez » : c'est une maladie qui impacte l'ensemble de votre organisme, et tout particulièrement votre repos nocturne. Voici plusieurs leviers pour mettre toutes les chances de votre côté (2,5,6,9,16,17) :
- Optimiser son traitement : utiliser les lavages de nez à grand volume à l’eau salée associés aux corticoïdes nasaux comme prescrits ; ils sont la base de la prise en charge de la maladie.
- Réduire le risque d'apnées : la consommation d'alcool et de somnifères aggrave le relâchement des muscles de la gorge.
- S'exposer à la lumière naturelle : passer au moins une heure par jour à la lumière du jour, idéalement le matin, aide à réguler votre horloge biologique.
- Déconnecter des écrans : éteindre les notifications et éloigner son smartphone la nuit.
- Prendre soin de son équilibre : maintenir un poids de forme aide à limiter la sévérité des symptômes et améliore la qualité de vie globale face à la maladie.
- Adapter son couchage : surélever légèrement la tête à l'aide d'un oreiller supplémentaire peut faciliter le passage de l'air pendant le sommeil.
- Créer une ambiance de repos : en soirée, privilégier des éclairages chauds et tamisés, maintenir la chambre entre 18 et 20 °C et limiter les nuisances sonores.
- Oser le dialogue : parler librement de ses difficultés nocturnes avec son médecin ou son ORL est essentiel pour ajuster sa prise en charge et ne plus subir sa fatigue.
RÉFÉRENCES ET LIENS UTILES
- Mahdavina M, Schleimer R et Keshavarzian A. Sleep disruption in chronic rhinosinusitis. Expert Rev Anti Infect Ther. 2017;15(5):457-465.
- Ipsos pour Sanofi & Regeneron – Enquête sur les personnes diagnostiquées avec une polypose nasale – Mars 2025.
- Gouvernement. Feuille de route interministérielle en faveur d'un sommeil de qualité 2025-2026. Juillet 2025.
- Ameli. Symptômes, diagnostic et évolution de l'apnée du sommeil. Disponible en ligne sur : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/apnee-dusommeil/symptomes-diagnostic-evolution mis à jour le 12/10/2023 [consulté le 24/03/2026].
- SFORL. AFR. Recommandation de pratique clinique. Prise en charge ORL de la Polypose Naso-sinusienne de l'Adulte (Argumentaire bibliographique).
- Fokkens WJ, et al. European Position Paper on Rhinosinusitis and Nasal Polyps. Rhinology. 2020;(29):1-464.
- Chaaban M, et al. Epidemiology and differential diagnosis of nasal polyps. American Journal of Rhinology & Allergy. 2013;27(6):473-478.
- Cai Yi, Goldberg A, et Chang J. The Nose and Nasal Breathing in sleep Apnea. Otolaryngol Clin N Am. 2020;53(3):385-395.
- Wilhelm C, et al. The nose, upper airway, and obstructive sleep apnea. Ann Allergy Asthma Immunol. 2015;115:96-102.
- Ameli. Comprendre l'apnée du sommeil. Disponible en ligne sur : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/apnee-du-sommeil/comprendre-apnee-sommeil mis à jour le 14/01/2026 [consulté le 24/03/2026].
- Vivek C. Pandrangi et Jeremiah A. Sleep in disease: inflammation and chronic rhinosinusitis. Neurobiology of Sleep and Circadian Rhythms. 2025;18:100120.
- HAS. Comment prescrire les dispositifs médicaux de traitement du syndrome d'apnées hypopnées obstructives du sommeil chez l'adulte. Octobre 2014.
- de Dorlodot C et al. French adaptation and validation of the SinoNasal Outcome Test (SNOT)-22: a prospective cohort study on quality of life among 422 subjects. Clin Otolaryngol. 2015;40(1):29-35.
- Réseau morphée. Échelle de somnolence d'Epworth. Disponible en ligne sur : https://reseau-morphee.fr/wp-content/uploads/dlm_uploads/2016/11/Epworth.pdf [consulté le 24/03/2026].
- Migueis DP, et al. Obstructive sleep apnea in patients with chronic rhinosinusitis with nasal polyps: a cross-sectional study. Sleep Medicine. 2019;64:43-47.
- INSV. Dossier de presse. Sommeil, rythmes et environnement : l'équilibre fragile de nos nuits. Mars 2026.
- Modesto García-Fernández J, et al. Modifiable Risk Factors for Symptom Burden in Chronic Rhinosinusitis With Nasal Polyps: The Role of Obesity and Sleep Apnoea. Clinical Otolaryngology. 2026;51:275-284.
MAT-FR-2603716-10/26

